
Quatrième de couverture : Une adolescente, née obèse, vit recluse dans sa chambre. Le regard des autres et le harcèlement dont elle victime ont eu raison de sa scolarité. Sa mère l’a abandonnée, incapable de faire face à son appétit monstrueux. Son père, convaincu qu’elle a dévoré sa sœur jumelle in utero, cuisine jour et nuit pour « ses filles ». Par le plus grand des hasards, elle rencontre l’amour. Mais la société du paraître et les réseaux sociaux ne sauraient tolérer un tel écart…
Fable rabelaisienne, Manger l’autre décrit sans pitié, mais non sans humour, la tyrannie de la minceur et le retour de la « mise à mort publique ». Un conte cannibale d’une sensualité bouleversante.
En 1 mot : Déroutant
Mon avis : Un roman bouleversant, sombre, dérangeant mais aussi, parfois, amusant. Une histoire imaginée, mais qui fait froid dans le dos car on se doute que la réalité n’est vraiment pas loin (et peut-être même à dépasser le roman). Un procès de la société dont le sujet est la façon de gérer et d’accepter (ou non) l’obésité…
L’écriture est limpide et les sentiments de tous les protagonistes sont tellement bien dépeints que je suis arrivée à me mettre dans la tête de chacun d’eux pour essayer de m’appropprier leurs ressentis, et je l’avoue cela m’a mise mal à l’aise plus d’une fois…
Ma note : 🐭🐭🐭🐭🐭
La laideur est une tare. Dans la rue, les gens n’hésitent pas à m’interpeller, à m’insulter, à me conspuer. Cessez de vous goinfrer ! crient-ils. Je ne fais de mal à personne, pourtant, mais ils se sentent le droit de m’attaquer. À voir la beauté, on sourit. Même si elle dissimule mesquinerie, médiocrité ou cruauté, on l’admire, on la vénère, on en rêve, on en fantasme. Moi, je n’ai eu aucune chance.
(page 101)
Le monde virtuel est anonyme. Derrière des symboles binaires, on peut cracher son fiel sans aucune crainte. Il nous a libérés de nos entraves morales. Dès que ces commentaires publics ont été autorisés, le monde s’est lâché. Le pire est remonté à la surface comme une écume nauséabonde. Pourquoi n’est-ce pas le meilleur de nous qui en est ressorti ? Les voix bienveillantes, les voix mesurées, les voix raisonnables ? Elles ont été étouffées par les autres. Ce que l’on entend, c’est la cacophonie de notre époque, celle de nos âmes, celle de nos consciences.
(page 176)
Éditions Zulma, 2021
192 pages